Avril 2026. Alors que des milliers de livres dans tous les genres littéraires étaient provisoirement exposés sous la coupole restaurée du Grand Palais, au Festival du Livre, deux rapports sont venus sévèrement interpeler les acteurs du secteur.
Ces deux sources valent la peine d’être rapprochées pour mettre le projecteur sur quelques tendances fortes.
📉 Le Centre national du livre (CNL) a rendu publics les résultats de la cinquième édition de son étude « Les jeunes Français et la lecture », réalisée par Ipsos bva*1
Les points clés relevés dans ce webinaire méritent d’être découverts.
📉 Publié le 17 avril à l’issue des États généraux de la lecture pour la jeunesse2 lancés en 2025 par les ministres de la Culture (Rachida Dati) et de l’Éducation nationale (Elisabeth Borne), le rapport dresse un état des lieux des pratiques de lecture des jeunes en France. Il propose des pistes d’action pour enrayer leur déclin, notamment face à la concurrence des écrans.
📚 Fort de ses 26 années d’expérience au service des familles et des lecteurs, des bibliothécaires et des libraires, le site 123loisirs.com relève pour vous quelques points saillants. Pour le détail chiffré des statistiques, reportez-vous aux sources en note.
📌 POUR GOÛTER LE PLAISIR DE LIRE IL FAUT SAVOIR LIRE
Cette condition semble élémentaire mais, curieusement, elle est rarement posée comme première. Longtemps taboue, cette évidence est aujourd’hui évoquée par les pouvoirs publics. Preuve que l’on ne peut plus maintenir clos le couvercle sur une vérité dérangeante et dissimuler les résultats catastrophiques de l’Éducation Nationale en la matière. Rappelez-vous les débats idéologiques contre les tenants de la méthode syllabique ! Que constate-t-on aujourd’hui ? Les écoles, notamment les écoles indépendantes, qui n’ont jamais lâché le B. A. BA forment des classes de lecteurs sans laisser personne sur le bas-côté. Ne rouvrons pas le débat mais saluons l’une des conclusions du rapport2 qui préconise une attention très particulière à l’apprentissage de la lecture grâce à plus de personnel et un retour (ou maintien) des manuels scolaires papier.
A minima deux générations ont été sacrifiées sur l’autel de l’idéologie pour en arriver là. Un collectif de professeurs assène comme un couperet « Les lecteurs médiocres d’aujourd’hui sont les professeurs de demain. » Fermez le ban.
📌 COMBATTRE LES PRÉSUPPOSÉS DE GENRE OU ACCEPTER LA RÉALITÉ
Si les couvertures girly ne laissent pas de doute sur le public visé par certaines éditions, il reste mal vu de sélectionner des ouvrages pour les filles ou pour les garçons. Ne sont-ils pas interchangeables ? Le bons sens et l’observation du réel semblent réapparaître dans les analyses et tant mieux !
📚 Reste que les ouvrages proposés en classe au collège et au lycée notamment ne conviennent pas de manière uniforme aux filles et aux garçons. Là où la non-mixité permet aux professeurs de lettres d’adapter leurs propositions, la majorité des classes mixtes n’offrent pas cette souplesse. D’où le découragement de beaucoup de lecteurs qui affirment ne pas aimer lire.
📚 123loisirs.com conserve cette précision sur son site, parce que c’est un critère de recherche essentiel pour les parents. Quand vous entrez dans une librairie pour choisir un livre, le libraire ne vous demande-t-il pas en premier lieu « Pour un garçon ou pour une fille ? »
Dans ses études périodiques, le CNL interroge les publics distinctement, ce qui lui permet de constater la limitation de la casse chez les filles qui restent encore lectrices un peu plus longtemps que les garçons.
Une autre raison est que la lassitude (Paresse ? Hormones ?) gagne plus vite les garçons que les filles en début de collège. C’est souvent le temps de l’achat du premier portable qui offre un plaisir de détente plus immédiat. Les filles s’accrochent plus longtemps…mais cèdent du terrain année après année.
📚 Encourageons-les et retardons l’âge du premier portable pour tous !
Un autre motif sournois est le regard des autres. Un garçon qui lit au collège se fait moquer, plus qu’une fille lectrice. Se faire traiter d’intello ou recevoir des insultes dégradantes décourage le lecteur garçon qui ne s’expose donc pas avec un livre et se détourne peu à peu de la lecture.
📚 Jouez la culture contre la bêtise.
📌 LES PARENTS NE PRENNENT PLUS LE TEMPS DE LA LECTURE DU SOIR
Quelle tristesse d’apprendre par ces études que les parents négligent ce moment privilégié de transmission et de paix, le petit câlin du soir autour d’une bonne histoire ! Mais que font-ils à la place ? Les jeunes parents ont souvent du mal avec la lecture eux-mêmes et trouvent le plaisir de la détente sur les réseaux sociaux ou les jeux sur leur portable.
📚 Le podcast littéraire, le petit livre du soir non plus lu mais regardé sur une vidéo ne remplace pas ce moment de partage et d’amour, actif et chaleureux. Votre voix, votre présence entièrement consacrée à votre enfant est le plus beau cadeau. Il ancre ⚓
📌 LE ROMAN REGAGNE UN PEU DE TERRAIN SUR LES MANGAS
A priori une bonne nouvelle qui cache une réalité plus en demi-teinte sur la nature des romans. La dark romance se fraie une bonne place dans le sous-genre du roman qu’est la romance, très en vogue. Parents, regardez ce que lisent vos filles : soumission à la manipulation psychologique et sexuelle, le plus souvent violente, d’un beau ténébreux qui n’en est que plus séduisant. Par ces lectures addictives, les filles baissent la garde contre de vrais manipulateurs en chair et en os. On peine à comprendre le paradoxe avec les messages omniprésents sur le consentement et la dénonciation du sexisme. « L’important est qu’ils lisent, on ne va quand même pas en plus aller mettre notre nez dans leurs lectures ! » Si tel est votre premier réflexe, reportez-vous au livre Donner le goût de la lecture aux enfants (Artège, 2024). Parce qu’un livre peut salir l’imaginaire et polluer durablement la vie affective.
📚 Notons que toutes les initiatives qui relient les acteurs du livre et l’école sont les bienvenues et portent du fruit. Rendons hommage aux auteurs, illustrateurs et éditeurs de talent qui contribuent à former le goût de nos enfants en leur offrant des pistes d’envol merveilleuses vers ailleurs, vers plus grand ! Soutenir les librairies indépendantes fait partie du combat pour la lecture. Visibles dans nos centres-villes, elles mettent le livre en valeur, au même titre qu’un aliment quotidien.
📌 LIRE EN FAISANT AUTRE CHOSE A CÔTÉ
« Les jeunes font très souvent autre chose en même temps qu’ils lisent. Même quand ils sont en train de lire, les sollicitations permanentes des réseaux sociaux éloignent les jeunes de la lecture. Elles fragmentent leur attention et altèrent profondément leur capacité à se concentrer. » s’alarme Régine Hatchondo, présidente du CNL.
📚 Quel exemple offrons-nous, parents, adultes au contact des jeunes, dans notre propre pratique à l’égard du livre ? Combien de temps nos enfants nous ont-ils vus avec un livre à la main aujourd’hui ? Avec un portable ? Avec les deux simultanément peut-être, répondant aux notifications ?
📌 UN TIERS DES 16-19 ANS NE LIT PAS DU TOUT
📚 Comment s’étonner que le plaisir de lire diminue si l’on ne pénètre pas durablement dans les pages, en s’immergeant dans une histoire, un texte, d’autres psychologies, un ton de narration ? La compréhension est à ce prix. Une suggestion : s’extraire de son environnement ordinaire pour lire peut aider, dans un jardin, une bibliothèque, un banc…loin de notre écran-doudou, pour reconquérir de la liberté. Beau programme !
Alors quid de la concentration sur un article ou un essai qui apporte nuances et sources, informations à décrypter et mettre en perspective ? Cette capacité se perd. Cela ouvre de larges voies à la manipulation des esprits qui ne prennent plus de distance face aux stimuli réflexes.
📚 Former le goût pour le beau et le grand, encourager la quête de la récompense qui se mérite, développer ce plaisir unique qu’offre le livre par le toucher, le poids dans les mains et permettre l’avancée à son rythme dans un rapport singulier avec un texte. Le livre = clé de liberté.
📚 Si le sujet vous passionne, parcourez ces deux sources qui prennent vraiment la mesure des enjeux et offrent des idées d’actions concrètes en faveur du livre et de la lecture.
Pour ce qui est du comité de lecture 123loisirs, il ne baisse pas les bras et poursuit sa mission passionnante.
Valérie d’Aubigny




