Dans ce roman plein de délicatesse et de poésie, véritable immersion dans l’univers de Claude Monet, l’auteur propose plus qu’une simple biographie. Il livre une analyse picturale des tableaux majeurs de Monet tout en racontant sa vie, ce qui en rend la lecture fluide. Grâce au choix d’un point de vue interne pour le récit, le lecteur peut facilement comprendre la grande sensibilité artistique de Claude Monet et percevoir ses émotions.
Deux remords de Claude Monet traite à fois de l’amitié, de l’amour et de l’art. Michel Bernard évoque en effet l’amitié sincère existant entre Monet et ses amis artistes, Manet, Renoir, Bazille, Sisley, ainsi qu’avec Clemenceau. Une grande place est également accordée à l’amour éprouvé par Monet pour sa femme, celle qui a tant compté pour lui, la jeune et jolie Camille, sa muse, qui savait l’apaiser mais qui mourut trop jeune, à 32 ans : « Son intuition du monde, Monet, sur bien des points, la devait à Camille. » Enfin, c’est un roman sur l’art : le lecteur, en voyant à travers les yeux de l’artiste, découvre de manière originale la naissance des tableaux du grand maître de l’impressionnisme.
Une lecture merveilleuse faisant appel à vos cinq sens, comme le montre l’extrait suivant :
« A l’arrivée du printemps, Monet passa de plus en plus de temps dans le jardin. Dès le réveil, il était attiré vers les fenêtres qui donnaient sur le temps et le ciel. […] Chaussé de légers sabots de rentier, vêtu d’une veste usée, aux poches déformées par un sécateur, une serpette et des bouts de ficelle, coiffé d’un chapeau informe, il allait fureter dans les massifs, […]. Au jardin, comme devant la toile à peindre, il perdait la sensation de l’écoulement du temps et la notion de la durée. »
Et encore celui-ci : « La première année, il avait découvert, jour après jour, les plantes de son jardin : le premier bouquet d’hellébores cueilli sous la margelle de l’appentis, les perce-neige, les primevères de mars, les narcisses, les jonquilles et les tulipes d’avril, la merveilleuse exubérance de mai avec les rosiers, le lilas, les iris, la glycine, les hémérocalles, puis juin sous les lourdes têtes penchées des pivoines, les hampes des lis dont le parfum, par la fenêtre ouverte, embaumait le salon, l’enivrait autant qu’un verre de bourgogne, les digitales qui faisaient pleuvoir des gouttes bleues dans la demi-ombre, les voluptueux lupins. En juillet et août, le jardin cuisait au soleil et paressait dans la chaleur. Les fleurs étaient moins nombreuses mais hautes comme des hommes. Les glaïeuls suivaient les roses trémières. Les dahlias annonçaient la fin de l’été. Quand fraîchissaient les soirs et les aubes, les phlox, les rudbeckia, les asters et les anémones du Japon recevaient dans les berceaux de leurs couleurs les premières feuilles tombées, jusqu’au seuil de novembre. Et, de nouveau, revenaient les roses de Noël. »



